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 La Civilisation ma mère

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MessageSujet: La Civilisation ma mère   Ven 7 Sep - 8:59

L'auteur

Driss Chraibi est né en 1926 à El-Jadida,au Maroc, dans une famille aisée d’origine fassie. Il fréquente d’abord l’école coranique, puis l' école française et il obtient le baccalauréat au lycée Lyautey de Casablanca.
Le 21 septembre 1945, il s’installe à Paris pour étudier la chimie et obtient son diplôme d’ingénieur en 1950. Il s’intéresse alors à la neuropsychiatrie, exerce différents petits métiers (photographe ambulant, veilleur de nuit, débardeur, manoeuvre, assureur, professeur d’arabe).
Il parcourt l' Europe et finit par se tourner vers la littérature, estimant que la science engendre la perte de la spiritualité.
A l’âge de vingt-huit ans, Chraïbi publie Le Passé simple. Ce premier ouvrage, d'une rare violence, projetait le roman maghrébin d’expression française vers des thèmes majeurs : poids de l’islam, condition féminine dans la société arabe, identité culturelle, conflit des civilisations. Ce livre sera interdit au Maroc jusqu’en 1977.
Il a écrit pendant trente ans pour la radio, notamment pour France-Culture. Depuis vingt ans, il voyage et fait des conférences dans le monde entier

L'histoire

Deux jeunes garçons nous racontent l'histoire de leur vie et surtout celle de leur mère, d écouvrant le monde extérieur, la modernité... C’est l’histoire d’une femme douce et fragile, mariée très jeune et qui devient vite une mère. Elle ne se rend pas compte que le monde se développe et change. après être restée longtemps enfermée dans la maison d’un homme, ni méchant, ni despote, mais sombrant dans la tradition. La femme se libère petit à petit des préjugés et de l’ignorance... Tout en restant simple et drôle, elle s’intéresse au combat pour l’indépendance, adhère aux mouvements de libération des femmes et milite en faveur du Tiers monde... le parcours de cette femme est tout un symbole.

Première partie "Etre".
Etre, c’est exister, survivre, la mère découvre les objets de la société de consommation : la radio, le téléphone, le fer à repasser, le cinéma. Un jour, elle voit le général de Gaulle. Ces évènements déclenchent chez elle la prise de conscience de son ignorance, de son aliénation et la curiosité pour le monde extérieur.

Deuxième partie "Avoir".
Avoir renvoie chez la mère à son désir de lutter, de prendre conscience, de découvrir et de posséder le monde dans lequel elle vit, la mère enterre certains objets. Cet acte est symbolique de la mise à mort de son passé de réclusion et de sa renaissance à une vie nouvelle. Cette curiosité au monde se répercute sur son fils Nagib, qu’elle déstabilise constamment avec ses questions incessantes. Chaque dimanche, elle organise des « déjeuners-débats » dans lesquels elle communique ses connaissances. Elle veut ainsi transmettre le désir d’émancipation à la population. Elle se heurte aux hommes qui sont réticents car beaucoup refusent que leur épouse en sache plus qu’eux. A la fin du roman, le père prend conscience de l’erreur économique et culturelle que constitue l’enfermement de la femme. La mère décide de partir en Occident, et son fils, Nagib, la rejoint clandestinement sur le bateau afin de partir avec elle.

LE NARRATEUR

Deux narrateurs , ce sont les deux fils. Dans la première partie c'est le fils le plus jeune qui part vers l’occident à la fin de la première partie qui raconte, puis, dans la seconde partie, c’est Nagib, le fils aîné, qui prend le relais. Ce choix narratif permet de rendre compte des liens très forts existant entre les fils et la mère et de ressortir la tendresse, l’amusement et l’admiration qu’ils ressentent envers leur mère.

LE HEROS

La mère était le modèle parfait d'une femme marocaine soumise et analphabète qui mène un mode de vie traditionnel et complètement dépassé par le progrès technologique. Mais un changement radical se produit durant la guerre et après l'indépendance, elle s'intéresse au mouvement de libération des femmes, même son mari ne la reconnaît plus. C'est à la fin de l'oeuvre qu'on découvre une nouvelle femme instruite et intelligente qui sait conduire, et qui s'habille à l'européenne.


L'INTERVIEW : Driss et nous : questionnaire établi par abdellatif laâbi
Souffles pp. 5-10
numéro 5, premier trimestre 1967
1.Driss Chraibi, vous avez quitté le Maroc en pleine guerre et période coloniale. Quelles étaient à cemoment là, d'une manière générale,vos préoccupations?Quelle était votre attitude vis-à-vis des problèmes socio-culturels et politiques de votre pays ?

Mes préoccupations à l'époque n'étaient pas totalement conscientes. J'étais un adolescent qui ne connaissais que deux mondes restreints : celui de la maison (pas de fréquentations, commandait le père) - et le monde du lycée. Mais voici : j'ai toujours été animé par quatre passions : le besoin d'amour, la soif de la connaissance lucide et directe, la passion de la liberté, pour moi-même et pour les autres ; et enfin la participation à la souffrance d'autrui.

J'étais un fils de bourgeois, j'étais l'un des rares privilégiés qui pouvaient accéder aux études secondaires.Vous vous rappelez cette époque ? Passons... Quand je rentrais du lycée, je voyais des gens assis, des gosses abandonnés à eux-mêmes, des gens qui attendaient on ne sait quoi... Moi, j'étais comme un petit singe, habillé à l'européenne, avec plein de mots et de phrases dans la tête. C'est de cette époque que date ma révolte. Elle a été souterraine pendant des années. Je me disais "Qu'avons-nous fait, nous marocains et arabes, pour avoir donné prise à la colonisation ? "Oui, je me disais : "Les ouvriers qu'employait mon père sur ses terres, ils bouffent un bout de pain." Et j'entendais mes frères dire : "Y en a marre, toujours les tagines." La révolte qui couvait en moi était dirigée contre tout : contre le Protectorat, contre l'injustice sociale, contre notre immobilisme politique, culturel, social.

Et puis, il y avait autre chose : ma mère. Rendez-vous compte : je lisais du Lamartine, du Hugo, du Musset. La femme, dans les livres, dans l'autre monde, celui des Européens, était chantée, admirée, sublimée. Je rentrais chez moi et j'avais sous les yeux et dans ma sensibilité une autre femme, ma mère, qui pleurait jour et nuit, tant mon père lui faisait la vie dure. Je vous certifie que pendant 33 ans, elle n'est jamais sortie de chez elle. Je vous certifie qu'un enfant, moi, était son seul confident, son seul soutien. Mais que pouvais-je donc pour elle ? Il y avait la loi, il y avait la tradition, il y avait la religion.

2- Il a fallu, depuis votre départ, attendre plusieurs années pour que vous publiiez votre premier roman: "La passé simple". Pourquoi ce cri de révolte, qui semble être un témoignage et une dénonciation de visu, a-t-il été si longtemps contenu ?

;"Le passé simple" a été achevé en 1953. Il m'a fallu dix ans pour arriver au bout de ma révolte. Moi, je vais jusqu'au bout. Je n'accepte aucun compromis. Rappelez-vous la fin de ce livre : je partais en Europe à la recherche d'idées neuves, de révolution, de bombes... de quelque chose, n'importe quoi, qui puisse nous faire bouger. Dans les années 30 et 40, qui bougeait au Maroc ? hein ? à part quelques hommes conscients de l'idée de la Nation ? Les grands bourgeois ne faisaient rien. Le peuple se contentait de son sort. J'ai longtemps contenu ma révolte, n'importe quel médecin vous dira qu'il y a des individus qui ont des réactions lentes. J'en suis. Et puis, en 10 ans, j'avais amassé une somme d'expériences et de vie.

3. On vous a attaqué au lendemain de l'indépendance, pour les dénonciations et les choix que vous aviez faits dans ce premier livre. La chronologie de vos réactions nous paraît maintenant avec le recul être quelque peu ambiguë. On a notamment dit à un certain moment que vous aviez désavoué votre roman. Quoi qu'il en soit, le problème du "Passé Simple" mériterait, je crois, d'être définitivement et clairement élucidé.

Voici ce qui s'est passé pour les attaques. Un éditeur mange, gagne de l'argent. Il a fait paraître mon roman en pleine crise marocaine. Du coup, c'est la presse de droite qui s'en est emparée. La presse de droite française - et la presse de droite au Maroc, dirigée par des Marocains. Dois-je vous citer quelques noms ? J'ai connu un mendiant qui du jour au lendemain faisait 1'aumône... Dois-je être plus précis dans mon allusion ? Oui, j'ai eu un moment de faiblesse, je l'avoue, quand j'ai renié "Le passé simple". Je ne pouvais pas supporter l'idée qu'on put prétendre que je faisais le jeu des colonialistes. J'aurais dû tenir bon, avoir plus de courage. Mais je vous le demande : en 1967, est-ce que les problèmes posés par ce livre n'existent pas encore ? Rappelez-vous ce paysan sénégalais qui est allé dire au Président Senghor "Dites, monsieur le Président, quand est-ce qu'elle se termine, l'indépendance ?"
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